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LE CCEFR à Montreuil-sous-Bois

 
 
En février 2003, Jean-Pierre Brard, Député-maire de la ville de Montreuil, quatrième ville de la couronne parisienne, a inauguré le « Centre Civique d’Etude du Fait Religieux », le CCEFR.

L’idée de création du CCEFR, association sous forme de loi 1901, a été insufflée par le Professeur Mohammed Arkoun, spécialiste de l’histoire de la pensée islamique et membre de la commission chargée du rapport sur la laïcité. Le savant avait rencontré le politique, Jean-Pierre Brard, à plusieurs reprises notamment lors d’un colloque sur le thème de la « Connaissance de l’Islam » organisé en 1992 par la mairie de Montreuil où le scientifique avait été convié à intervenir.

L’universitaire pensant que la seule construction d’une mosquée ne pouvait participer à l’intégration des populations musulmanes, a suggéré à Jean-Pierre Brard qu'il fallait en parallèle donner aux gens la possibilité d’accéder à la connaissance des religions d’un point de vue critique pour qu’ils s’acceptent les uns les autres et respectent le « Vivre Ensemble ».

Le principe du CCEFR était donc né et a été inclus dans un dossier monté en 2001 de politique publique locale visant une gestion globale des cultes dans un esprit d’équité.

Ce plan de politique locale est composé de plusieurs éléments :

- l’obligation des associations musulmanes et juives à se fédérer en association loi 1905,

- la construction d’une mosquée,

- la construction d’une synagogue,

- la création d’un carré musulman,

- des rencontres interreligieuses entre les représentants des différentes communautés et le Maire

- et la création du CCEFR.

Ce dernier devait être un outil pour déployer une activité pédagogique du fait religieux à deux niveaux dans le respect du principe de laïcité. D’une part, des conférences à vocation de débats, sont proposées à l’attention d’un large public, et d’autre part, des cycles thématiques de cours, destinés initialement aux enseignants, qui présentent une approche comparée des religions monothéistes. L’ensemble des interventions se fait dans la mairie même et non dans une salle à vocation associative.

Pour organiser ces rencontres, le CCEFR a été composé de trois figures : politique, scientifique et civile :

- Jean-Pierre Brard relayé par une personne « chargée de mission sur le fait religieux » rémunérée par la mairie ; elle assure le soutien logistique des activités de l’association.

- un conseil scientifique, présidé par Monsieur Arkoun, regroupe huit universitaires « désireux de s’engager dans la cité »*, spécialisés dans des disciplines variées relatives aux religions. Cette entité, détermine les thèmes abordés pour lesquels les scientifiques interviennent parfois eux-mêmes.

- un « bureau », composé de cinq personnes bénévoles, est chargé de la gestion.

En 2003, l’association était totalement subventionnée par la mairie; à présent, elle bénéficie d’autres sources de financement : les recettes recueillies par les cours, les partenariats entrepris avec d’autres mairies, des modules d’enseignements sur le « Fait religieux » commandés par l’IUFM de Créteil et une subvention accordée par le Conseil Général du 93. Toutefois, la mairie assure toujours la majeure partie du financement du CCEFR, ce qui pose peut-être la question de la neutralité du pouvoir public local sur le terrain pour la gestion des questions relatives aux cultes.

Cette création pourrait être présentée comme un projet « pilote » dans le sens où la municipalité se positionne comme son instigatrice et place le CCEFR au même niveau que les autres associations civiles bénéficiant de subventions publiques. L’utilisation du domaine du Religieux dans la politique publique locale à des fins de médiation sociale n’est pas un fait nouveau, mais c’est la forme que prend cette démarche qui semble être novatrice.

Après cette présentation sommaire et au bout de trois ans de fonctionnement, quel premier bilan peut-on tirer de cette expérience ?

Tout d’abord, les premiers objectifs de publics en terme de cibles à atteindre présentent pour le moment des difficultés : les cours sont fréquentés par une dizaine de personnes, majoritairement composés d’inactifs et d’étudiants ; et les conférences ne rencontrent plus le même succès : les deux cents auditeurs estimés en 2003 se sont réduits à une cinquantaine, majoritairement retraités. Cependant, la mairie a mis en place, grâce au bénéfice de la présence des universitaires, des interventions ponctuelles dans les établissements scolaires et des formations destinées aux agents du service public.       Si la rencontre entre « le Savant et le Politique » a eu lieu, l’institutionnalisation du CCEFR a peut-être freiné la rencontre avec le public.

Le CCEFR illustre les difficultés du pouvoir local à nouer un dialogue avec les populations marginalisées concernées par le développement social et politique du « Vivre Ensemble ». Les universitaires « désireux de s’engager dans la cité » sont-ils prêts à se déplacer dans les quartiers pour rencontrer la population « in vivo »?

Où, comment, avec qui, sur quels thèmes ? : Telles sont les questions en suspens.

Comment créer réellement une proximité pour débattre de sujets de la vie quotidienne relatifs au fait religieux et ainsi inscrire le CCEFR dans la réalité sociale?

Cette association reste en devenir et a créé par une série d’expériences un terrain fertile prêt à être exploité. Reste à savoir ce que décideront la municipalité et l’ensemble des acteurs pour faire évoluer le CCEFR.




* Note: Site Web du CCEFR, www.ccefr.org, page d’accueil, Edito.2003

Edwige Dassonville architecte DPLG titulaire d’un DEA de Sociologie Politique, ENS,
Revue « Pouvoirs locaux », les Cahiers de la Décentralisation, N°69 II, Mai 2006- p.120
 
 

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